Les voies de l’initié

Ancêtres en devenir : une tradition vivante
Johannes Neurath

Les Huicholes de Wixaritari ont une façon très particulière de préserver leur culture ancestrale. Tout en défendant avec zèle leurs terres et leurs traditions, les membres de ce groupe ethnique sont restés en relation avec le monde extérieur évitant ainsi le piège de la sur-protection qui ne peut qu’aboutir à la stagnation culturelle. En particulier au cours des dernières décennies, les créateurs Huichols ont développé de nouveaux types d’expression artistique aux résultats réellement surprenants. Cela a abouti à la naissance de formes artistiques qui combinent les éléments anciens et modernes, faisant la démonstration que ces créateurs possèdent une culture vivante et dynamique.

Art et cosmogonie: à la recherche de la forme intime du monde

L’art Huichol est souvent présenté en tant qu’art chamanique, du fait de la présence iconographique du peyolt ou d’autres plantes hallucinogènes, ou de sa représentation du mara’akame en action: chamanes maniant des baguettes emplumées et autres attirails. Les peintres Huichols (de tableaux de fils) sont souvent désignés comme chamaniques bien que ce ne soit généralement pas pertinent en ce qui concerne leur ouvrage.

Mais jusqu’à quel point peut-on considérer l’art Huichol comme chamanique ou initiatique? Pour répondre à cette question, nous devons d’abord montrer qu’en reliant l’art Huichol à une tradition pré-hispanique, nous ne nous réferrons pas seulement à une ressemblance formelle ou stylistique. La religion Huichole, en tant que participant de la tradition Meso-américaine, alimente un panthéon polythéiste, une mythologie élaborée et un système cérémoniel complexe. Dans ce contexte, certaines œuvres d’art Huichol possèdent des caractéristiques rituelles et chamaniques, pas tant pour le contexte dans lequel elles sont utilisées que parce qu’elles sont le résultat de la quête de vision entreprise par l’artiste durant son parcours vers l’initiation.

A l’opposé de celles de ces pièces qui correspondent à un art rituel authentique, ces peintures ne sont pas offertes dans les grottes sacrées, ni utilisées au cours de cérémonies; elles sont plutôt exposées dans des galeries et collectionnées.

Néanmoins, le processus par lequel un artiste crée une grande œuvre d’art n’est pas très différent de celui au travers duquel l’apprenti du chamane atteint le Nierika, un concept grossièrement traduit par «capacité visionnaire, pouvoir de voir». Cela ne peut être obtenu que par le sacrifice. L’expérience de vision se situe à la limite extrême entre la mort et la renaissance et nécessite de grands efforts de la part de l’initié.

Les artistes qui participent à une forme de quête de vision et qui produisent des œuvres présentant les caractéristiques du Nierika ont aussi tendance à défier les limitations qui leur sont imposées par les stéréotypes de l’artisanat traditionnel. Leurs œuvres sont des plus accomplies, à l’aune des canons artistiques de l’Occident. S’agit-il d’une simple coïncidence, ou cela révèle-t’il ce qui ressort de l’essence du beau et du sublime?

La forme intime des choses, l’ordre et la structure, la lumière… rien de cela n’est donné dans la religion traditionnelle Huichole. Ils sont plutôt le résultat d’une quête incessante de la part des initiés. Sans cet effort, ne subsistent que l’obscurité et le chaos. Le travail de l’artiste différe de celui du chamane en ce sens que ces deux personnes n’atteignent pas le même niveau d’initiation. Cependant, ils sont sur le même chemin. De la même manière que le chamane crée un monde en utilisant son pouvoir visionnaire magique, l’artiste – qui a une vision et la capture sur la surface plane ou via une sculpture à trois dimensions – permet au cosmos de continuer à exister.

L’art en tant que Nierika implique que l’image ne soit pas conçue comme une «représentation» comme avec les objets d’art rituels. Dans ce dernier cas, il n’y a pas de différence entre le signifié et le signifiant. Les figures qui apparaissent dans chaque œuvre sont les dieux au plein sens du terme, et non leur «image». Les reproductions de peintures vont en fait multiplier le panthéon Huichol. Chaque figure est un être de pouvoir avec sa volonté propre. Ce sont des dieux engagés dans la création de l’univers à l’instant même où ils apparaissent dans l’œuvre.

Pour cette raison, en devenant Nierika, les œuvres d’art, les galeries, les revues d’art et même les photocopies sont transformées en objets sacrés, avec tous les dangers que cela implique. L’artiste, le conservateur de musée et le spectateur peuvent -ou doivent- adorer les images, les nourrir avec du pinole (farine de maïs), du mezcal, du sang et de la cire. Néanmoins, ce n’est pas le problème principal de l’artiste. La création d’une œuvre d’art implique l’engagement à participer aux rites et aux pélerinages requis dans la religion traditionnelle Huichole. A défaut, l’artiste pourrait non seulement perdre sa capacité à créer un travail nouveau et original, mais aussi «irriter» les dieux qui habitent ses visions, les incitant à lui envoyer de mauvais rêves, des maladies et toutes sortes de malheurs.

A cause de l’engagement que représentent ces créations artistiques, les Huichols ont une position ambigüe vis-à-vis d’elles. Etant donné que la création d’art Nierika implique une complication de leur vie, les artistes préférent généralement éviter ce type de travail. Et donc, ils ont tendance à représenter le (non-)existant, c’est-à-dire à «faire de l’artisanat» ce qui signifie fabriquer des objets qui manquent totalement d’inspiration artistique et – encore plus important – de sens religieux: ce ne sont que des «copies» ou des «photographies.» Tout ceci ajouté à la logique de marché prédominante qui préférerait que les artistes autochtones jouent le rôle d’artisans anonymes.

Est-ce que les spectateurs de l’art Huichol sont capables de percevoir la tension provoquée par la coexistence de formes symboliques apparamment incompatibles? Ou est-ce que cette tension est peut-être la qualité de toute grande œuvre d’art ? Notre monde de l’art est clairement un environnement très ritualisé, avec des espaces sacrés définis qui sont submergés de tabous. Il y a des quêtes de vision dans ce monde aussi, ainsi que des confessions et des cérémonies publiques. L’art pourrait-il en être autrement?

Chaque passage artistique découle d’un contexte religieux. Ce serait une projection positiviste erronée que de suggérer que les aspects rituels de l’art sont des résidus anachroniques ou archaïques, plutôt que les éléments inhérents à l’expérience artistique. En tant que participant d’une pratique religieuse ethnique qui diffère radicalement du monothéisme, l’art Huichol nous montre une dimension de l’art qui est difficile à expliquer si nos seules références s’appuient sur la tradition artistique de l’Occident : c’est-à-dire sa source magique, mythique ou religieuse.

Transgression et sacrifice

La société Huichole protège les gens du sacré. Elle ne demande pas à ses membres de pénétrer ce monde – ils sont plutôt dissuadés de le faire. Cependant, elle compte aussi sur la désobéissance de quelques individus, sur leur désir de transgression.
Il est tout à fait possible de vivre sans capacité de vision, alors que sans le désir humain de connaître et d’expérimenter la cosmogonie, celle-ci n’existerait simplement pas. La vie de l’initié devient compliquée, ainsi que celle de ceux qui l’entourent. Comme nous l’avons dit précédemment, il est celui qui crée. Une participation passive aux rituels ne comporte pas de risques majeurs. Cependant, tout Huichol qui souhaite être initié au aspects ésotériques de sa tradition – le chamanisme en particulier – doit oser commettre une série de transgressions: en apprenant des choses qui sont trop dangereuses, s’impliquant dans des sujets réservés aux seuls initiés et s’engageant à réaliser des actes impossibles.

L’art Huichol obéit à la même impulsion que l’artiste lui-même: celle de commettre des transgressions contre la tradition. Pour cette raison, la (re)production du cosmos est le produit de la détermination de toute personne créative – poète ou chamane-chanteur, artiste ou peintre de Nierika, ou l’initié qui ne peut résister à la tentation d’entrer dans l’univers sacré. La seule certitude en ce qui concerne l’art Huichol quand il s’agit d’art rituel dans le sens Nierika est que ce n’est pas un «artisanat» – ce n’est pas une copie. La représentation, ou l’artisanat, existe aussi, mais en tant qu’illusion, que tour de magie. Du fait de leur absence de pouvoir magique, au mieux, ces images contribuent à perpétuer la non-existence des choses.

Les oeuvres des initiés Huichols qui ont approché le lieu où le soleil se lève, sans jamais l’atteindre – c’est-à-dire qui n’ont pas été capables d’entrer dans l’univers du sacré – sont caractérisées par la peur du vide, un produit de frénésie rituelle et de répétition. Par contraste, dans les œuvres les plus achevées – en particulier celles de Guadalupe Gonzalez Rios – l’univers Huichol perd tous ces aspects inquiétants. Délivrés des effets de la gravité, les figures flottent dans l’espace ou dans un vide mystique.

Les visions de ce type apparaissent lors d’une extase rituelle. Après être resté éveillé toute la nuit, le moment libérateur du sacrifice produit la nouvelle aube qui est toujours la première : l’expérience simultanée de la mort et de la naissance, des larmes et du rire, de la violence et de la compassion. Dans l’esthétique Huichole, ce sont les petits objets tendres, translucides, transparents comme les plumes et le verre qui exprime le mieux la sublimité de ces moments recherchés.

L’expérience visionnaire ne peut être expliquée par les seuls effets du peyolt, bien qu’ils jouent un rôle certain. Comme nous l’avons mentionné, le Nierika, le «don de vision» peut être accompli seulement par la pratique des sacrifices et de l’austérité. A cet effet, les initiés et les carguieros (qui participent aussi aux rites) doivent tuer des vaches pendant des cérémonies spécifiques, bien qu’il y ait d’autres façons d’accomplir le sacrifice, comme d’abandonner les migrations saisonnières et de renoncer aux opportunités de gagner de l’argent, ou de rester éveillé pendant trois jours et trois nuits, sans arrêter de danser, de marcher et de chasser. La chasse est devenue beaucoup plus difficile maintenant que le cerf à queue blanche est devenue une espèce en voie de disparition. Pour beaucoup, le plus dur est de se soumettre à la pratique de l’austérité: s’abstenir de consommer du sel et d’avoir des relations sexuelles extra-maritales. Durant leur pélerinage au Désert Wirikuta, les initiés sont «punis» par la soif, la poussière, les journées brûlantes et les nuits glaciales. Après avoir enduré tout cela, l’effet du peyolt est très différent. Il ne s’agit plus seulement de le consommer, mais plutôt de le devenir et de s’abandonner aux autres pélerins.

La pensée mythique Huichole ne pose pas la question, «pourquoi y-a-t’il quelque chose plutôt que rien ? » . A la place, elle offre une explication de l’origine d’une existence structurée. Elle ne présume d’aucune création ex nihilo, mais plutôt de la préexistence du chaos. Les mythes Huichols cherchent à expliquer l’origine de la dualité et des catégories: comment les ancêtres ont triomphé de l’obscurité, créé la lumière et établi les célébrations.

Une version élargie du mythe cosmogonique Huichole forme une partie des chants de la cérémonie du peyolt (Hikuli Neixa), qui se déroule pendant trois nuits d’affilée. Il est virtuellement impossible d’entendre le texte épique ou kawitu. Dans cette cérémonie, le chanteur est assis parmi les personnes présentes, dont la danse atteind son paroxysme au fur et à mesure que leur danse circulaire les rapproche du chanteur, soulevant des nuages de poussière et tenant des plumes qui représentent l’eau, car ce rituel est emblématique de l’arrivée de la saison des pluies. Les éclairs frappent sous la forme de serpents, les tempêtes de nuages s’affrontent comme des guerriers combattants; les pieds des danseurs créent le son des gouttes de pluie.

Quand les êtres humains ont émergé de la mer, le monde était sombre; seules la lune et les étoiles illuminaient le ciel nocturne. Parce qu’ils ne pouvaient pas bien voir, les ancêtres formèrent le premier groupe de jicareros – ancêtres qui ne sont pas encore devenus des déités – et commença alors le premier voyage pour trouver la montagne où le soleil se lève. Ces mêmes ancêtres qui se mirent en marche vers l’aube fûrent aussi les premiers chasseurs. Leur proie – le cerf – partit à l’Est, poursuivis par les premiers chasseurs, les awatamete, ainsi que par les grands félins comme le jaguar, le puma et le lynx,ou par le «peuple-loup» le kam+kite.

C’est lors de cette première chasse au cerf – qui est recréé durant le pélerinage du peyolt que fûrent établis les lieux de culte du Désert Wirikuta. Le kawitu suggére que lorsque le cerf atteignit un endroit particulier du désert de l’est, il se retourna de lui-même vers les chasseurs. A cause de cela, son coeur (iyari) fut transformé en peyolt (hikuli), un cactus psychotrope, dont les effets fûrent expérimentés la première fois par les chasseurs lorsqu’ils goûtèrent la viande du cerf. C’est ainsi que Wirikuta fût trouvé à l’instant même où il fût créé à travers l’auto-sacrifice. Le dieu Tamatsi «Notre Frère Aîné») -le héros culturel Huichol– est une figure double dans tous les sens. Dans ce conte, il est la proie (le cerf) et le meneur de la chasse en même temps; réalisant ainsi l’idéal mythique du mara’akame Huichol: celui d’être toujours prêt à s’auto-sacrifier.

Wirikuta, la colline nommée Re’unaxi «Montagne Brûlée» ou Paritek+a «Montagne de l’Aube», indique l’endroit où Tayau «Notre Père» où le soleil émerge pour la première fois. Les deux événements – l’origine du peyolt et la première aube – se produisent non seulement au même endroit mais aussi au même moment, au bout de la «voie de la chenille». Comme la création du peyolt, la naissance du soleil résulta d’un sacrifice volontaire: un enfant aveugle, boîteux et «déformé» (qui était aussi un très bon chasseur) se jeta dans le feu, et après être passé dans l’eau des enfers, émergea de la grotte au sommet de la Montagne de l’Aube.

Nous pouvons voir que, dans ces mythes, Nierika signifie que le personnage s’identifie avec ce qui constitue le point focal de ses actions. Le chasseur s’identifie à sa victime, le cerf. Et le cerf se rend à lui en se transformant en peyolt. Le planteur s’identifie avec le maïs qui, une fois cuit, meurt et devient la planéte Vénus.

Nierika est une réalité idéale qui peut être atteinte par la force magique -clarté de la pensée – et par la compassion. Comme nous l’avons dit, les initiés, ou jicareros, sont le groupe d’ancêtres qui ne sont pas encore devenus des déités. L’expérience collective leur permet d’acquérir le pouvoir de voir et d’être transformés en leurs propres ancêtres déifiés. Cela leur permet aussi de découvrir la transparence et la lumière – caractéristiques qui donnent au monde sa géométrie. De cette façon, les individus initiés font partie d’un réseau téléologique, d’une structure secrète. Le mythe des ancêtres n’est pas une chose du passé – c’est plus un événement qui se produit toujours pour la première fois.

 

JBTZSZ 4 : Nierika - José Benitez Sanchez - 2007 - VISIONS CHAMANIQUES  Copyright © 2008


Les paradoxes de la transformation

Les lieux de culte –montagnes, rochers, roches, grottes, sources, lacs et océan– sont considérés comme les demeures des ancêtres déifiés. Dans les temps mythiques, par le sacrifice et l’auto-sacrifice, les ancêtres sont devenus des dieux-hommes ou initiés. Ils étaient aussi transformés en ce dont leurs descendants avaient besoin pour survivre: eau (sous toutes ses formes), soleil, maïs et autres plantes comestibles, cerf et autres animaux, tabac et peyolt. Pour cette raison, d’après les dictats de la cosmogonie Huichole, tous ces éléments naturels sont – en «réalité»- des êtres. Les formations naturelles trouvées sur les lieux de culte sont les témoignages des transformations subies par les ancêtres aux temps mythiques. Certains rochers, arbres ou sources ont émergé ou pris leur forme unique durant les épisodes importants de la narration primitive.

Les transformations cosmogoniques impliquent souvent une distorsion de la logique narrative. Par exemple, un grand rocher blanc isolé au bord de la mer près du port de San Blas, non loin de l’estuaire Del Rey, est le point de départ du kawitu, la voie de la chenille; qui emmène les initiés à l’autre extrêmité de la cosmogonie. En tant que lieu de culte de Tatei Haramara, la déesse mère de la mer, le monolithe est le premier objet solide du cosmos, l’extrêmité occidentale du quincunx qu’est le monde d’après les Huichols. D’après le mythe, la déesse de la mer se jette elle-même contre un rocher pour devenir la brume et la pluie. Et, d’après la logique générale de la cosmogonie Huichole, elle devient le rocher. En d’autres termes, elle se jette sur elle-même pour devenir elle-même.

De façon similaire, le canoe qui assura le salut du seul homme à survivre au déluge prend la forme du reste de l’inondation, contenu au Lac Chapala. Pendant la cérémonie d’initiation elle-même, il y a un paradoxe de ce type: les lieux sacrés sont visités pour obtenir Nierika, «le don de vision» cependant l’initié doit déjà posséder Nierika – qui signifie aussi «bouclier frontal» – avant d’approcher ces endroits, pour se protéger des dangers qui s’y trouvent.

De telles ruptures narratives sont reliées à certaines caractéristiques esthétiques de l’art Huichol. Pour apprécier un bon Nierika, en particulier celui de certaines grandes peintures de José Benitez Sanchez, il est essentiel de prendre note de tous les types d’ambivalences. Cela peut signifier chercher des figures dans les figures, des images inversées ou des éléments à l’intérieur d’autres. Parfois une figure unique apparaît double ou est insérée dans deux épisodes mythiques différents dans la même peinture. L’art textile présente le même type de phénomènes en créant des effets d’inversion optique, à la manière d’une photographie en positif ou en négatif. Avec ces effets, de multiples configurations peuvent être observées, un peu comme dans l’art islamique.

Un bon Nierika peut toujours être considéré de différentes perspectives, et offre différents niveaux d’interprétation. Mais par-dessus tout, il crée des situations de suspense parmi ses éléments de contraste. Nous pouvons aussi observer ceci dans les récits cosmogoniques. L’Est, ou l’endroit où le soleil se lève, fût trouvé par les premiers pélerins à l’instant même ou ils l’ont créé par leur sacrifice. Mais était-ce l’effet du peyolt ou celui du soleil, qui a apporté la lumière au monde? D’après le mythe, le soleil avec l’aide de ses troupes auxiliaires, les peyoteros, a tué les étoiles à l’aube.Et en accord avec la pensée Huichole, les pélerins sont aussi les étoiles qui se sacrifient pour devenir le soleil. Les serpents de pluie nés de la poussière de l’aride semi-désert de Wirikuta sont aussi le résultat du sacrifice des pélerins. Nous pourrions dire qu’il y a leurs larmes, bien que nous ne puissions pas distinguer entre des larmes de joie au lever du soleil ou de compassion à la mort du cerf et des étoiles.

Nierika est la connaissance de la structure secrète du monde, et est considéré comme le privilège des initiés, qui implique une interprétation du monde en contradiction avec certaines des règles les plus importantes de la religion Huichole. Les initiés n’accordent pas d’importance à la réciprocité, non plus qu’à une pré-conception du monde basée sur la complémentarité des contraires.

Ceux qui ont une relation avec les ancêtres déifiés au sens d’un échange réciproque de dons ne prétendent pas connaître les dieux. Pour eux, les dieux sont simplement les dépositaires du sang sacrificiel utilisé pour l’onction des offrandes, et l’on espère qu’ils apporteront aussi la pluie. Mais ceux qui ont atteint Nierika sont au-delà de la dualité. Pour les initiés, connaître les dieux signifie devenir les dieux. Le groupe de jicareros forme le cosmos. Vus de cette perspective, les sujets de la cosmovision Huichole en deviennent ses objets.

Ainsi, ce que nous appellons la cosmovision Huichole est en réalité un rideau invisible qui sépare les non-initiés des initiés. Les objets rituels connus comme étant Nierika ou «miroirs» sont des plaques avec des trous par lesquels nous apercevons le monde des dieux. Soit pour percevoir les reflets, soit pour passer de l’autre côté.

 

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