L’art des Indiens Huichols

La magie des symboles, des perles et des images de fils

 

 

Quinze à vingt mille indiens Huichols vivent au nord des états de Nayarit et Jalisco et dans la partie sud de Durango et Zacatecas. Cette zone, environ 200 miles (320 km) au nord-est de Puerta Vallarta, située dans la partie ouest des montagnes de la Sierra Madre. Elle couvre environ 200 miles2 (320 km2) et est appelée Comarca Huicot. Elle correspond à six communautés : San Andres Cohamiata, Santa Catarina, San Sebastian, Tuxpan, Chimaltitan et Guadalupe Ocotlan.

 

Ces communautés ou Coamitas sont constituées de familles étendues vivant dans des ranchs isolés. Chaque famille consiste en groupes de 15 à 20 âmes, séparées par 1 à 5 heures de marche difficile les uns des autres. Ce sont principalement des fermiers qui cultivent du maïs, des haricots, des courges et autres légumes. Ils élèvent aussi des vaches pour le lait et des moutons pour la laine.

 

Chaque communauté se ressemble excepté quelques différences mineures dans le dialecte, les croyances religieuses, l’organisation, l’habitat, et même les vêtements dont par exemple la longueur des manches ou les motifs de broderie diffèrent selon les villages.

 

Le travail artistique huichol se divise en travail de la perle et travail des fils de laine. Ce sont les hommes et les femmes de tous âges qui le font, mais beaucoup d’oeuvres sont réalisées par des chamanes et sont plus «mystiques». D’autres objets sont simplement destinés au cérémonies et se trouvent sur les autels où ils sont bénis. Le plus souvent ce travail des perles est une impressionnante symphonie symétrique de couleurs et de symboles. Longtemps avant la conquête espagnole, ces groupes indigènes décoraient leurs bols avec de pierres, des graines et des coquillages pour en faire des offrandes aux dieux. Puis ils commencèrent à utiliser les perles quand elles furent introduites au Mexique. Une sculpture en bois est enduite de cire d’abeille et une à une les perles sont enfilées sur une longue aiguille et placées sur la cire. L’habilité, la patience et le sens artistique des artistes huichols sont remarquables.

 

Au premier coup d’oeil, ces oeuvres semblent êtres trop colorées et trop chargées, mais en regardant plus attentivement on découvre l’émergence d’une multitude de symboles et leur symbolisme.

 

Souvent on trouve le symbole de la trinité représenté par la fleur de peyolt, le plant de mais et le cerf. Ces trois principaux dieux sont très présents dans toutes ces créations.

Selon la croyance huichole, chacun d’eux peut se changer ou se transmuter en l’autre puis devenir une trinité. Dans un certain sens, c’est un concept difficile à saisir parce que trop simple. Le cerf et le mais nourrissent le corps et le peyolt nourrit l’esprit, la sagesse et la connaissance; la trinité peut être représentée soit par ces trois objets soit simplement par le cactus peyotl sacré. Souvent cette trinité est protégée par les symboles de scorpions et de serpents à sonnettes. Une grande variété d’autres symboles est représentée.

Des effets d’illusion optique ou « magique » apparaissent parfois par des lignes ou des répétitions de motifs ce qui donne une force profonde à ces pièces.

 

La réalisation de tableaux en fils date d’environ cinquante ans; c’est la même méthode d’enduit de cire d’abeille sur un support de bois sur lequel sont posés et comprimés des fils colorés pour former des motifs. A l’origine ces peintures étaient un mélange de figures primitives puis elles ont raconté des histoires. Ces images dépeignent les croyances des Huichols, les mythes de création, les relations à la nature, les pèlerinages sacrés et la vie mystique. Ce sont souvent des visions expérimentées sous peyotl, des rêves sacrés qui touchent la source primordiale de la connaissance. Il est important de rappeler que pour les huichols la spiritualité est présente à chaque moment de la vie; ils ressentent tout le temps leur connexion à la nature et au sacré.

 

Au moins une fois par an, les indiens huichol accomplissent un voyage jusqu’à Wirikuta, le lieu sacré situé dans le désert près de «  Real de Cartorce » à San Luis Potosi. Ce pèlerinage au domicile du Frère Ainé Cerf s’effectue à travers 1500 kilomètres de montagnes, rivières et désert pour aller rendre hommage à leurs dieux et « chasser » le peyolt divin. Cette pèlerinage a probablement commencé il y a plus de trois mille ans.

Wirikuta est un lieu sacré où a débuté la création, où les dieux reposent, où le peyotl pousse et où le soleil est apparu pour la première fois.

Pendant l’année, les indiens font aussi des voyages vers d’autres lieux comme San Blas au bord de la mer pour laisser des offrandes à Aramara, la déesse des eaux. Ils vont aussi dans d’autres endroits pour faire des dons à différents dieux et divinités.

Pour la plupart d’entre nous, ces tableaux ne peuvent pas avoir la même signification qu’ils ont pour les indiens huichols. Nous pouvons seulement admirer leur culture et apprécier le lien qu’ils perçoivent entre leurs vies et les éléments de la nature. Cet art a une force, une énergie et une intensité, une vision et une connexion avec la vie. Espérons que cette force ne s’affaiblisse pas et que ces indiens ne deviennent pas trop « civilisés »

Un profond sentiment religieux imprègne tout leur travail et les visions agissent pour les relier à la vie agraire primitive qui leur permet de poursuivre leurs nombreux rites et pratiques religieuses d’une profonde spiritualité. Nous avons la chance à notre époque de

pouvoir admirer ces formes d’art « primitif ».
Alors que tous les peuples indigènes du monde occidental ont été absorbés dans le flux du monde moderne, les indiens huichols qui vivent dans des zones reculées du Mexique ont maintenu leurs traditions ancestrales.Pendant des siècles, le terrain escarpé et éloigné de leurs montagnes a été un territoire protégé où les Huichols ont survécu et pu préserver leur culture, leur religion et leur art unique.

Dans un environnement sauvage, leurs besoins matériels et spirituels ont nourri un système de valeurs et un mode de vie qui se sont transmis de génération en génération à l’écart du monde. Aujourd’hui la culture huichole est devenue une fenêtre sur le passé révélant l’héritage des traditions indigènes qui ont disparues pour la majorité dans la plupart des pays d’Amérique. Les huicholes croient eux mêmes qu’ils sont des « miroirs des Dieux » et qu’ils essayent de refléter la vision sacrée du monde à la fois physiquement et spirituellement.

Ainsi, par exemple, leur cultes aux divinités pour s’assurer la bienveillance des déités et la protection du peuple Huichol. En retour, la croyance veut que les déités enseignent aux Huichols une variété de.techniques ésotériques qu’ils peuvent employer pour agir sur les élèments et maintenir l’équilibre délicat entre la vie, la mort, la maladie et la santé, l’abondance et la malchance. Ces techniques comprennent le jeune rituel, l’abstinence sexuelle, des pèlerinages aux lieux sacrés et différentes pratiques de pénitences, purification, interprétation des rêves et les cérémonies du peyote. Ce n’est que s’ils continuent à pratiquer ces rituels et ces techniques, que les Huichols pourront maintenir leur spiritualité .

L’art Huichol est une extension des profonds sentiments religieux acquis par les Huichols au fil de leur participation au mode de vie traditionnel. Des cérémonies pratiquées régulièrement apprennent aux enfants l’importance de la communication avec le monde spirituel et leur enseigne les symboles représentant les habitants du monde invisible. Par leur art, les Indiens huichols encodent et documentent leur connaissance spirituelle. Ils expriment aussi leur croyance que les pouvoirs transcendantaux peuvent être communiqué à tout être humain qui se montre digne de cette connaissance sacrée.

L’art devient le support de cette sagesse ancienne et des pouvoirs de guérison.

Pour ceux qui prennent les voeux de l’initiation chamanique, la vie cérémonielle est l’échelle qui permet d’accéder à la croissance spirituelle et à l’atteindre. Les adolescents et les jeunes adultes consacrent dix à vingt années à la réalisation de leurs buts spirituels. Par les rituels et les cérémonies, on leur enseigne les formes de négociation avec le royaume sacré pour obtenir par exemple assez de pluies et des bonnes récoltes, des enfants en bonne santé, des animaux en abondance et la protection contre les maux surnaturels et la sorcellerie. La connaissance vient aux apprentis chamanes par les visions de peyote. Les visions de peyote sont considérées comme des dons des dieux, des récompenses à l’intention de ceux qui sont dans la conduite juste. Elles sont considérés comme des illuminations divines pour ceux que les dieux en jugent dignes. Les visions peuvent transporter un individu en dehors de la réalité ordinaire, révélant ainsi des ressources internes de connaissance et de pouvoir.

Les guides spirituels des chamanes Huichols sont importants pour les quêtes de vision. Ce sont

surtout des alliés animaux comme le loup, le cerf ou le chamane premier Kauyumari (notre Frère Cerf), qui est considéré comme le plus important. C’est lui l’énergie qui guide le chamane durant sa transe.

Le cerf est enseignant et messager. Il conduit les pouvoirs divins vers le chamane et lui apprend à guérir les maladies. Il communique avec les dieux, comprend la nature du Feu et du Soleil. Quand les chamanes chantent, ils parlent avec Kauyumari, qui les envoie vers leurs rêves et les guide vers leurs visions.

Le initiations chamaniques sont des périodes de transformation. Quand l’apprenti-initié apprend quels sont les pouvoirs à sa portée et leur usage, il ne se trouve qu’au tout début du chemin, parsemé de difficultés et de sacrifices. S’il peut néanmoins les endurer, la tradition lui promet la récompense suprême de rencontrer ses déités en face à face dans une expérience mystique, qui l’ élève à un autre niveau de conscience et de mode de vie.

Quand les chamanes arrivent à un age plus avancé, leur formation aboutit à une connaissance approfondie, encyclopédique dans son étendue, des mondes physique et métaphysique. Les connaissances botaniques d’un chamane pourraient remplir des volumes. Leurs pouvoirs universels s’étendent jusqu’aux confins de l’univers, auxquels ils accèdent dans leurs rêves et leurs visions, ce qui leur permet de communiquer avec le Soleil, l’Aigle Mère du Ciel, le Dieu du Vent et les Déesses de la Pluie, l’autre monde et le pays des Morts. Ils ont la capacité de changer la mauvaise santé en bonne santé, la sécheresse en pluie, de rendre les récoltes abondantes, la malchance en chance, la mort en vie, le déséquilibre en équilibre.

 

Les indiens Huichols tiennent leurs chamanes en la plus haute estime. Des noms spéciaux sont attribués à ceux qui atteignent l’état de sagesse et d’illumination. Ils n’ont plus rien à prouver, aussi deviennent-ils, selon l’expression huichole, des Dieux Vivants. Ceux-là sont les grands prêtres, les conservateurs de la connaissance collective et sacrée qui remonte loin dans l’histoire.

 

Ils sont la mémoire du peuple, les gardiens de leurs traditions ancestrales. Tous les détails des cérémonies, tous les lieux et les objets sacrés, toutes les prières et les déités sont conservées dans la mémoire des chamanes et transmis à chaque nouvelle génération.

 

Tandis que ces vieux sages sont assis devant le feu avec leurs baguettes de guérison (à plumes) et leurs flèches de prières, ils écoutent des voix que nous ne savons plus entendre. Ils pratiquent leur magie dans des mondes invisibles, qui ont depuis longtemps disparus de nos horizons mais qui sont remémorés; visités et vénérés par les Huichols.

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